La Résilience comme aide au retour à l'emploi 

Depuis quelques années, le concept de résilience envahit notre vocabulaire et se présente comme un processus innovant de gestion de crise, qu’elle soit individuelle ou collective. Il est communément admis par la communauté scientifique que la résilience est un processus, physique (capacité d’absorber un choc et de retrouver son état initial), biologique (faculté d’adaptation de la nature) ou psychologique (« renaitre » d’un traumatisme).

 

 

L’étude du processus de résilience dans sa dimension psychologique, popularisé en France en particulier par Boris Cyrulnik, dégage deux dimensions distinctes de sa fonctionnalité.

 

Premièrement, la capacité de résilience, considérée comme une force innée (forces intérieures) de chaque individu, procède de manière inconsciente à l’instar d’un processus de cicatrisation et permet dans le temps de surmonter les épreuves comme des échecs professionnels, perte d’emploi, dépôt de bilan…

 

Deuxièmement, la force de résilience peut être favorisée en fonction de l’environnement de l’individu (forces extérieures). Le Dr. Cyrulnik distingue deux temps propices à l’action environnementale sur notre force de résilience, à savoir l’environnement pré-traumatique et l’environnement post-traumatique. 

 

Ramener à la question d’une difficulté psychologique relative à la recherche d’emploi infructueuse, on comprend aisément que s’agissant de l’environnement pré-traumatique les conditions familiales, environnementales, le niveau d’étude… influent la capacité de résilience de l’individu. S’agissant des conditions de l’environnement post-traumatique, il convient de prendre également en compte l’environnement dans lequel s’effectuent la recherche d’emploi et les aides extérieures disponibles. 

 

L’aide à la résilience doit donc s’attacher à favoriser et optimiser ces deux facteurs de fonctionnalité, forces intérieures et forces extérieures. 

 

Pour comprendre la fonctionnalité du processus de résilience, s’agissant d’un traumatisme lié à la recherche d’emploi, il convient de faire une analogie au processus psychologique opérant en matière de deuil, définit en particulier par les travaux du DR. Christophe Fauré. Cette approche permet en particulier de résoudre les difficultés fonctionnelles de l’aide à la résilience relevées en particulier par Julien Cusin[1](voir ci-après).

 

Le Dr. Fauré modernise l’approche du processus de deuil, du Docteur Kübler-Ross, en distinguant 4 grandes étapes : 

  • Choc / Déni

  • Fuite / Recherche

  • Déstructuration

  • Restructuration 

 

Si généralement ce processus en 4 étapes s’effectue de manière plus ou moins consciente et plus ou moins rapidement, en fonction des forces extérieures et intérieures de chacun, il peut être grandement favorisé dans le cadre d’un ‘travail de deuil’ comprit comme une conscientisation (objectivation) de l’individu de sa réalité traumatique. Pour reprendre l’image utilisée par le Dr. Fauré, si le processus de cicatrisation se fait naturellement, il peut être favorisé et accéléré par des pratiques volontaristes du blessé. 

 

L’intérêt d’appliquer les connaissances en matière de psychologie du deuil à un traumatisme consécutif à une perte d’emploi ou plus généralement à une situation d’échec se trouve renforcé par l’approche moderne du travail de résilience. Le Dr. Cyrulnik, pour illustrer ce propos, utilise l’image « d’un merveilleux malheur ». Cet apparent oxymore signifie que l’adversité peut être, ou doit être, dans le cadre d’une pensée résiliente considérée comme une opportunité d’évolution personnelle. Cette approche poétique n’illustre rien d’autre que le constat de la science en matière de résilience, comme en atteste en particulier les travaux du Professeur Bonnano. 

 

 

Cette approche permet à l’individu de se penser non plus comme une victime mais comme un acteur co-créateur de son devenir. Elle pose les bases d’une compréhension rationnelle du fonctionnement d’une pensée positive et de ses bienfaits dans le développement personnel.

 

 

Julien Cusin, dans son étude, tout en reconnaissant la pertinence et la fonctionnalité de la résilience concernant l’échec professionnel, soulève des difficultés opérationnelles (tableau n°6 : les freins à l’apprentissage par l’échec dans le cadre du bilan de compétences).

 

Il est important de prendre en compte que cette étude concerne l’utilisation du processus de résilience par les conseillers en bilan de compétences. Premièrement cela a pour effet de restreindre le processus dans la temporalité légale d’intervention du conseiller (à savoir entre 16h et 24h d’entretien, sur une période de 1 à 3 mois). L’auteur constate avec pertinence que cette contrainte peut le plus souvent ne pas correspondre avec le rythme du processus de résilience de l’usager. 

 

Deuxièmement, l’étude envisage les principes de fonctionnalité du processus de résilience exclusivement du côté de l’aidant. C’est-à-dire, que le transfert de connaissance sur la nature et les règles de fonctionnement du processus de résilience sont réservées au conseillé, l’usager étant visiblement tenu à l’écart de cette approche méthodologique. 

 

Dans le cadre de la formation proposée par Source de Résilience, l’objectif est de permettre à l’usager de s’approprier cette connaissance, d’en faire un outil personnel, lui permettant de reconsidérer sa situation à l’aune d’une connaissance nouvelle. En effet, même si naturellement l’aide d’un tuteur de résilience constitue un atout supplémentaire sur le chemin du mieux-être, la résilience appartient en premier lieu à l’individu concerné. Il est son meilleur aidant. Lui permettre de comprendre, de connaitre et d’expérimenter les lois de cette force psychologique intérieure, fait de lui un acteur conscient du processus.

 

Cette différence avec l’approche étudiée par Julien Cusin, permet de répondre aux deux principales objections fonctionnelles évoquées dans son étude.

 

La formation d’aide à la résilience, initiée par l’Association Source de Résilience, propose aux demandeurs d’emploi d’explorer leur situation personnelle et d’élaborer leur projet professionnel en partant de ces principes et en appliquant la chronologie d’un travail de résilience adapté à la situation de chacun en respectant la temporalité de son parcours de résilience[2].

 

Sources: 

[1]« Le conseiller en Bilan de compétence du CBIC 33 : un tuteur de résilience pour les personnes en situation d’échec professionnel ? », CAIRN info 

FICHE TECHNIQUE

La formation à la résilience comme aide au retour à l’emploi proposée par l’Association Source de Résilience s’articule autour de trois objectifs principaux :

 

- L’acquisition de savoirs : acquis théoriques sur le processus de résilience et de sa fonctionnalité physique, biologique et psychologique.

 

- Le développement et l’amélioration du savoir-être : favoriser la confiance en soi, développer sa capacité intuitive, facilité son rapport aux autres.

 

- L’acquisition et l’optimisation du savoir-faire : comprendre la fonctionnalité de la résilience permet de développer un savoir-faire original ouvrant la porte à une nouvelle façon de faire (particulièrement en matière de gestion de crise). Le savoir-faire résilient est aussi une porte d’entrée sur le monde professionnel de la transition. 

La formation se déroule sur 4 semaines de 30h, chaque semaine étant pensé dans une chronologie qui respecte la fonctionnalité du processus de résilience. (Attention emploi du temps susceptible de changer, merci de nous contacter pour plus d'informations)

 

SEMAINE 1: Prendre conscience de sa nature résilience

Objectif de la semaine : Le premier temps du processus de résilience a pour but de permettre à chacun de reconnaitre et de comprendre sa situation d’échec professionnel (sortir de la victimisation). L’objectif étant de permettre de ne plus se considérer comme une victime de forces extérieures incapacitantes mais d’en avoir une vision, par une analyse objective, comme source d’opportunité de progrès. Une attention particulière doit être portée à la situation individuelle de chacun. En effet, la réceptivité à ce changement de perspective dépend du degré de choc et de l’état de déni (première étape).

 

Déroulement de la semaine : 

- Expérimentation de la résilience : Cette première semaine doit permettre à chacun de rechercher en soi, par un travail d’introspection et de verbalisation, des expériences de résiliences antérieures. Chercher dans ses souvenirs des évènements qui ont pu dans un premier temps sembler douloureux et qui se sont par la suite révélés opportuns. Le partage à l’oral de ces expériences permettra d’harmoniser le groupe et de permettre à ceux qui sont dans une phase importante de déni, d’entrevoir un début de lumière dans l’écoute du récit des autres. 

- Apport théorique : Rechercher la résilience en soi passe également par la connaissance de la présence de cette force, dans tous les domaines de la vie. Du Big-Bang à nos jours, du minéral au végétal, de l’animal à l’Homme, de la naissance à la mort, l'évolution de la vie, son déploiement est rythmé par des crises et des processus de résilience qui en découlent. Prendre connaissance de ce phénomène universel dans le champ extérieur favorise une ouverture d’esprit à son application pour soi.  

SEMAINE 2 : Accepter le processus de déstructuration

Objectif de la semaine : La perte d’un emploi entraine des bouleversements aussi bien dans le champ extérieur (perte de moyens financiers, problèmes familiaux …) que dans le champ intérieur (perte d’estime de soi, dépression…). L’objectif de cette semaine est de permettre aux stagiaires de considérer ces changements non plus comme des pertes mais comme des signaux directionnels. En effet, la pensée résiliente induit une reprise de confiance dans la vie qui autorise à envisager l’obstacle comme une opportunité de reconsidérer ses valeurs, ses priorités et de laisser émerger des aspirations jusque-là refoulées.

 

Déroulement de la semaine : 

 

-Apport théorique :  L’apport théorique s’appuie en grande partie sur une présentation du processus de résilience dans le cadre d’un deuil et du cheminement émotionnel induit.

 

-Expérimentation de la résilience : Comme lors de la première semaine, le partage des problématiques matérielles provoquées par la perte d’emploi et la verbalisation d’un ressenti intuitif de ces aspirations facilite la relativisation et favorise le retour de la confiance (je ne suis pas seul à vivre ce que je vis).

SEMAINE 3 : Mettre en oeuvre le processus de restructuration

Objectif de la semaine : Reformuler un projet professionnel, en appliquant une pensée résiliente, doit permettre de repenser le ou les échecs du passé et de s’ouvrir éventuellement à de nouvelles pistes qui pourraient par une autre approche sembler inaccessibles.  Ainsi, la perte d’un emploi, quelles qu’en soit les raisons, peut être considérée comme un signe que ce travail n’était pas fait pour soi et autorise à regarder ailleurs. On ne pense plus en termes d’échecs mais en termes d’opportunités. L’objectif est donc de se sentir libre de rêver à d’autres horizons.

 

Déroulement de la semaine : 

 

-Acquisition de savoirs : Si le processus de résilience est une aide précieuse pour le recouvrement de la confiance en soi et de l’élaboration d’un nouveau projet professionnel, il peut constituer également un atout précieux dans notre monde professionnel en pleine mutation. En effet, dans tous les secteurs d’activités, émergent des métiers de la résilience. Ces métiers s’intéressent aux conditions indispensables de transformation imposées par la crise écologique et sociale. Chercher à être résilient pour soi-même peut également signifier vouloir contribuer à notre résilience collective. Cette approche permet également de revaloriser (redonner un sens social) des métiers à faibles qualifications.

 

-Expérimentation de la résilience : Se penser dans l’ici et maintenant. Cette formule bien connue des pratiquants de la méditation consciente permet d’ouvrir une place à la force intuitive et de laisser émerger de nouveaux projets de futurs désirables. 

SEMAINE 4 : Reprendre le chemin du retour à l'emploi

Objectif de la semaine : Le programme de cette quatrième semaine sera spécifique à chaque stagiaire et élaboré en fonction de la nature de son projet, de son état d’avancement sur son parcours de résilience. Il sera accompagné individuellement par un membre de l’équipe pédagogique, lui permettant à partir des compétences acquises d’évaluer les compétences nécessaires à son éventuel projet professionnel, de rédiger un CV ainsi qu’une lettre de motivation, de préparer d’éventuels entretiens d’embauche, de l’aider à la prise de rendez-vous et de rencontrer d’éventuel employeurs, susceptibles de correspondre à ses recherches.

 

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